Alain Françon, dans une mise en scène portée par un jeu remarquable des comédiens, propose une mise en scène où sobriété, talent et scénographie donnent à la pièce de Beckett tout son brio dans un mariage où humour et tragédie se donnent la répartie.
Ils sont superbes. Superbe dans le jeu, vocal et corporel, superbe dans les déplacements. Sur scène, un grand moment de théâtre se joue dans un texte difficile de Beckett où Françon a décidé de mettre en exergue l’humour beckettien. La maitrise du jeu est totale. Dans un rapport frontal ou soumis, Hamm et Clov, interprétés par Serge Merlin et Jean-Quentin Châtelain, trônent sur scène avec maestria, l’un en maître des lieux décrépits, aveugle et tonnant contre son domestique, peut-être son fils adoptif, contre une fin inexorable, espérée et crainte à la fois. Nell et Nagg, parents de Hamm et interprétés par Michel Robin et Isabelle Sadoyan, suivent de leurs poubelles respectives cette fin. Les voix claires, bien timbrées de ceux-ci contrebalancent celles de Hamm et Clov créant ainsi un déséquilibre vocal de bonne composition. La mise en scène est une mosaïque de jolis morceaux de dramaturgie. L’humour fait parfois la nique à la tragédie. Ici on rigole, là-bas, on s’amuse, plus loin on hurle.