De profundis

  • Du 30 juin 2010 au 16 octobre 2010
  • Théâtre du Lucernaire - Paris

Un spectacle tout en profondeur

C’est un monologue, de toute beauté. Tout est harmonieux, bien dosé, bien lancé. Aucune fioriture. Jean-Paul Audrain, le comédien incarnant Oscar Wilde sur scène, déploie un jeu bien inspiré, de grande tenue et de grande force. Son talent accouche d’un monologue tout en relief et de belle composition. Le jeu va à l’essentiel. On y découvre un texte poétique, profond et dans lequel Oscar Wilde hurle sa souffrance contre une injustice. Ce monologue a pour trame une lettre écrite en 1897 à Lord Alfred Douglas, un étudiant d’Oxford, avec qui Oscar Wilde a noué une relation amoureuse et pour laquelle il a attaqué en diffamation le père du jeune étudiant qui l’a harcelé publiquement. Oscar Wilde perd et est condamné à deux ans de travaux forcés.


C’est une souffrance pour Wilde, une déchéance qu’il relate avec beaucoup de poésie dans cette lettre. Jean-Paul Audrain décline de belle façon des ruptures de jeu et des cassures de rythme qui donne au texte une haute dimension humaine et une grande profondeur. La maitrise émotionnelle, corporelle et vocale du comédien permet de planter une atmosphère tout en catimini. Sur scène, le silence cohabite avec le mot. Tout deux s’unissent tout au long du spectacle comme si l’un était la prolongation de l’autre. Le tout accompagné d’une émotion et d’une sobriété dans lesquelles le jeu remarquable de Jean-Paul Audrain arrive à rendre un hommage appuyé au texte d’Oscar Wilde.


La mise en scène est dépouillée. C’est un homme seul en la personne d’Oscar Wilde qui est sur scène, recouvert d’un drap rouge juché sur une chaise. Il est face à lui-même, humilié, ruiné financièrement et meurtri jusqu’au plus profond de son âme.


Le comédien déploie différents registres de jeu. Désespéré, en colère, poignant, triste, toutes les émotions d’un homme en détresse sont déclinées donnant à la pièce différents rythmes et couleurs. Ici le jeu se suffit à lui-même. C’est pourquoi tout est dépouillé au sens premier du terme. La scène est un espace nu ou presque dans laquelle le talent du comédien éclabousse de toute sa générosité le texte.


Son jeu baigne dans une émotion et une souffrance qui sont à brûle-pourpoint. Sans verser dans la sensiblerie, Jean-Paul Audrain incarne un Oscar Wilde profond et bouleversant. Dans sa prison de Reading où il doit passer encore quelques jours, la solitude de cet homme semble trouver un appui, une compagnie, une aide dans cette diction épistolaire où il déverse à son amoureux lointain, qui n’a pas découché de son cœur, toute l’humanité d’un homme en proie à des sentiments ambivalents. De l’amour, de la haine, de la colère, de la tendresse se donnent la réplique. Tout le spectre des sentiments humains est revisité et est servi par une mise en scène simple, directe mettant en exergue une détresse humaine.


C’est une très belle prestation théâtrale où le talent de Jean-Paul Audrain se met au service d’un beau texte et d’un grand dramaturge.


Chroniqueur : Safidine Alouache

Photographe : Chantal Depagne-Palazon


« De profundis »

D’Oscar Wild

Théâtre du Lucernaire

53 rue Notre Dame des Champs

75006 Paris


Adaptation et mise en scène Grégoire Couette-Jourdain

Avec Jean-Paul Audrain

Décor et costumes de Isabelle Huchet

Lumières Vincent Lemoine

Musique Alain Jamot

Réservations : 01 45 44 57 34

Du mardi au samedi à 18h30

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3 commentaires sur “De profundis”

  1. Don Diego dit :

    Un rare moment d’intensité, bouleversant !
    Jean Paul nous plonge dans l’obscurité des bas fonds de Reading et réussi avec prouesse à nous immerger complètement dans sa passion pour Wilde.

    Bravo oui ! Encore !

  2. cayenne dit :

    Un beau texte et encore bravo à Jean-Paul Audrain pour son interprétation si touchante.

  3. Krystin dit :

    Bonjour,
    Je me suis rendue, hier, au théâtre du lucernaire pour voir la pièce « De Profundis »

    Quelle surprise pour moi : cette pièce où je m’attendais à de la colère, des accusations, à une prise de conscience a été d’un effet tout autre. Une longue plainte, des gémissements m’ont fait découvrir un Wilde soucieux de la perte de l’homme qu’il aimait. Cet homme qui l’a laissé « choir comme une vieille chaussette » et envers qui Wilde lui offre son pardon et si c’est possible son amitié.

    Je regrette qu’il n’y ait pas eu plus de musique, cela aurait permis une respiration dans ce texte si dense.