Les oranges

  • Du 7 avril 2010 au 21 août 2010
  • Théâtre du Lucernaire - Paris

Face à face avec l’Algérie

Ils sont deux sur scène et revisitent l’Algérie, son histoire, son peuple. Une histoire qui démarre sous le soleil d’Alger, se poursuit sous les coups des invasions passées, des fondamentalistes religieux, de leurs victimes morts à jamais et d’artistes algériens, étendards du pays. C’est aussi une Algérie qu’on entend dans l’écho d’un peuple, dans la brève présence d’Albert (Camus), une Algérie multiple dans ses visages, son Histoire, ses chants et ses rythmes. Toute une cohorte de personnages, connus ou inconnus, revivent et défilent devant nous par la présence de Mounya Boudiaf et Azeddine Benamara.


Le texte d’Aziz Chouaki, écrit en 1997, est de toute beauté. Beauté au niveau du rythme, des sonorités, de la poésie et dans laquelle Azeddine Benamara est le narrateur qui raconte l’Algérie. Il bondit, rugit, parle, clame, murmure. Dans un exercice de haute voltige, il décline toutes les facettes du jeu théâtral. Tendre, révolté, en colère, passionné, au débit rapide ou lent, c’est tout l’ensemble du jeu théâtral qui est revisité de façon talentueuse et qui sort par une même bouche, par un même corps. Un corps et une voix au-delà de sa présence. Un corps et une voix qui rejoint une Histoire, un peuple, un chant, une musique. De même, la très belle voix de Mounya Boudiaf, superbe d’élégance, nous transporte dans un paysage chaud et aérien comme venu d’un Ailleurs. Là aussi, sa tessiture, sa présence nous font revivre l’Algérie. Elle est chant et musique et interprète avec talent Fairouz, Cheb Mamine et Cheb Mami, quand Azzedine Benamara est parole et histoire.


Mounya Boudiaf, par une présence musicale faite de douceur et de paix, rééquilibre la présence plus tranchée d’Azzedine Benamara. Il est la lutte, l’engagement, les visages connus de l’Algérie, quand elle est l’âme de l’Algérie, une âme que l’on rencontre dans les rues, les commerces, les marchés. Elle incarne ces hommes et ces femmes inconnus qui portent tout le pays dans leur quotidien et ce, de façon silencieuse comme pour entériner un mektoub. Elle l’incarne de façon élégante avec une voix chaude et enveloppée au rythme léger et aérien à l’opposé de celle plus marquée d’Azeddine Banamara.


Entre les deux comédiens, c’est une alternance faite de chants et de paroles, entre la douceur d’une voix et la révolte d’un corps. Une belle cohabitation de douceur et de tension, de cri et de murmure, de rage et de tendresse. Mounya Boudiaf chante l’Algérie quand Azzedine Benamara raconte l’Algérie.


L’espace est quasiment nu. Seule la lumière habite la scène avec deux caisses en osier comme décor. Tout est dans le jeu corporel, la voix, les mots, la musicalité du texte. Ce tout habille la scène et est porté aux nues par le talent des comédiens. Et comment ne pas les suivre ? C’est tout un univers qui est réuni dans ces deux corps, dans ces deux voix, un univers fait de soleil, d’oranges, d’hippopotames, de révoltes et de chants.


Le spectacle est de grande valeur et allie poésie, théâtre, chant et talent. On voyage vers l’Algérie, tout jaloux des oranges.


Chroniqueur : Safidine Alouache

Photographe : Max Rosereau


« Les oranges »

D’Aziz Chouaki

Théâtre du Lucernaire

53 rue Notre Dame des Champs

75006 Paris


Réservations : 01 45 44 57 34

Du mardi au samedi à 21h


Direction Laurent Batat sur une idée d’Azeddine Benamara

Avec Mounya Boudiaf et Azeddine Benamara

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