Pour voir Nunzio, il faut grimper jusqu’à la salle Paradis du Théâtre du Lucernaire. L’ascension est abrupte, les pèlerins peu nombreux et pourtant. Ce qui vous attend là haut vous fera voyager bien plus que quelques étages.
Nous sommes en Italie, dans un petit appartement vétuste où tout est fait de bric et de broc. Une vieille cuisine mal en point, une table, deux chaises et la Vierge Marie. Ici vit Nunzio.
Doux rêveur, il porte le sourire innocent des imbéciles heureux. Mal à l’aise dans ce corps trop grand, errant comme un enfant impatient, il attend.
Et brusquement, c’est Pino qui arrive, rentrant de l’un de ses mystérieux voyages. Personnage sombre et mafieux, il est le négatif de Nunzio.
Dans ce huit clos émouvant, le duo qui se forme sous nos yeux est improbable. On ne sait rien du commencement. Comment se connaissent-ils? Pourquoi sont-ils liés?
La pièce de Spiro Scimone nous raconte l’amitié de ces deux personnages avec beaucoup de force et de pudeur. Car si tout les oppose, on s’aperçoit très vite qu’ils ne peuvent exister l’un sans l’autre. Et peu importe les raisons de leur cohabitation.
Mais Pino ne fait que passer. Il ne passe jamais longtemps. Ces brefs instants où les deux hommes se retrouvent sont remplis de poésie et d’humanité. Nunzio est malade. Il raconte l’usine de peinture, la toux, l’hôpital, le gentil patron qui lui donne les médicaments gratis. Pino en colère, prend soin de lui et le protège. Mais comme le dit l’auteur lui-même: « On ne sait lequel des deux veille le plus sur l’autre… ».
Comme deux solitudes suspendues à un fil, chacun s’accroche à l’autre pour ne pas tomber. Et ce sont toutes les petites choses du quotidien qui les font tenir.
Pino fait des pâtes et parle des filles. Nunzio a les yeux qui brillent et rêve d’ailleurs. Autour du repas, les langues se délient, on boit. Le transistor recrache de vieilles chansons d’amour italiennes, Pino danse. Et si Nunzio partait aussi? Les deux hommes se prêtent au jeu du rêve d’enfant: le Brésil, les perroquets bleus. Nous aussi on aimerait y croire.
Hors de ces murs, l’extérieur fait peur. La porte est un danger, il n’y a pas de fenêtre. La seule ouverture sur le monde est un vieux soupirail. La seule chose qui relie les deux hommes au monde qui les entoure, ce sont les mystérieuses enveloppes jetées sous la porte et qui rappelle à Pino ce pourquoi on le paye. On devine la mafia, les contrats de tueur à gages…
La bande son créée par Jean Michel Noël donne une dimension poétique à la mise en scène réaliste de Thierry Lutz. Les comédiens ont la justesse des talentueux. Ils font de ce duo insolite un très beau moment d’humanité.
Chroniqueuse : Alice Dubois
Crédit photo : Laurent Pascal
NUNZIO
De Spiro Scimone
Mise en scène de Thierry Lutz
Avec Christian Abart et Christian Lucas
Théâtre du Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs – 75006 Paris
Du mardi au samedi à 19h
Durée : 1h15
Réservations au 01 45 44 57 34

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