C’est une farce, une farce dans la plus pure tradition. Celle-ci avait déguerpit quelque peu des scènes de théâtre. Ici, elle a repris domicile pour revigorer le parterre du théâtre. Tous les artifices de la farce sont déclinés. Les claquements de battes sur le derrière de Sganarelle, les simagrées de Lucas, les voix déclamatives de Sganarelle, la belle nourrice se faisant tâter par Sganarelle qui lui-même se fait botter le derrière, tous les ressorts de la farce sont au rendez-vous. Les personnages sont plus truculents que vrais. Les voix fusent, les bras gesticulent. La mise en scène de Michel Jeffrault redonne une nouvelle jeunesse à ce jeu qui met en avant le corps, les mimiques, les exclamations, les étourderies au service d’un texte qui semblent être l’ancêtre du vaudeville.
Molière avait le souci de l’équilibre. Celui-ci s’installe entre chaque couple de personnages. Martine, la femme de Sganarelle jouée par Claire Boyé, a un jeu moins déclamatif, moins appuyé que celui de Sganarelle, interprété par Boris soulages, qui est dans la déclamation et le corporel. De même, Frédéric Marquez, dans le personnage de Lucas, a un jeu décalé et très expressif. Il incarne un personnage réactif alors que sa femme, en la personne de Caroline Burges a un jeu plus convenu, moins emporté, raisonnable.
Lucas est toujours en réaction par rapport aux situations. Le jeu de Frédéric Marquez emporte la mise en proposant un langage « provincial » très moliéresque en accord avec des mimiques bien dosées, bien appuyées. Le corps relaie le langage pour un personnage dont la clarté verbale n’est pas de mise. Aussi, son jeu corporel est une feuille de route rendant plus expressif son personnage. Son jeu est aisé, naturel dans sa gourmandise de jeune poltron cocufié à souhait.
La caricature n’est jamais frôlée. La farce est bien appuyée mais à aucun moment, elle ne déborde de son cru pour inonder de facilité la pièce. Toutefois, l’entame de la pièce est un peu trop en attaque avec un Sganarelle trop en pression dans les premières répliques. Il rééquilibre toutefois rapidement son jeu.
Autre moment, autre atmosphère est l’entrée en scène de nos deux amoureux, Léandre et Lucinde, en fin de pièce. L’équilibre est trouvé avec ce couple qui oppose un jeu plus discret, plus en harmonie avec leur amour. Ce sont les seuls qui désertent la farce pour proposer un jeu plus « académique » opérant ainsi une cassure de rythme avec les scènes précédentes.
La pièce est une belle farce servie généreusement par des comédiens peu avares de leur énergie.
Chroniqueur : Safidine Alouache
Crédit photos : Sacha Legoff
« Le médecin malgré lui »
De Molière
Metteur en scène : Michel Jeffrault
Avec Claire Boyé, Caroline Burgues ou Elisabeth Edde, Pascal Gilbert, Frédéric Marquez ou Laurent Mentec, Aurélie Rolland, Julien Sardaigne, Boris Soulages et Laurent Tarroux ou Pierre-Laurent Barneron
Comédie Saint-Michel
95 Bd Saint-Michel
75005 PARIS
Réservations : 01.55.42.92.97
Jusqu’au 11 janvier
Mardi à 18h30, samedi et dimanche à 15h, spécial 31 janvier à 18h30

