Est devant nous sur scène le peintre italien, Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit Le Caravage ou plutôt le comédien Césaré Capitani tant la ressemblance entre les deux hommes est frappante. La barbe de 4 jours bien taillée, les cheveux bouclés, souples et comme pris au vent, Césaré Capitani a bien le physique de l’emploi. C’est avec lui, dans un quasi monologue, que sur scène est retracée l’histoire de Le Caravage, né un 29 septembre 1571 à Milan et mort le 18 juillet 1610 à Porto Ercole. Habile de ses poings avant d’être habile de ses mains, Le Caravage a mené une vie faite de scandales et de violence menant en parallèle une vie artistique qui inspira durant des siècles des peintres aussi différents que Poussin, La Tour, Vélasquez, Rubens ou Rembrandt.
En pointillé, la pièce rappelle avec humour les frasques et conduites du peintre italien, ses rapports avec l’église, le pouvoir, les femmes, ses inventions aussi. Ses tableaux révolutionnèrent la peinture du XVIIème siècle par l’apport du clair-obscur qu’il créa et qui fut repris de façon heureuse par bon nombre de peintres, dessinateurs, photographes ou cinéastes. L’originalité de Le Caravage est qu’il déclinait dans ses peintures un fond neutre, sans décor avec des personnages en action. Il n’hésita pas aussi à intégrer dans ses tableaux des personnages au scandale tranchant comme des prostituées ou des figures bibliques griffées de sensualité dans une époque qui prônait le sacré le plus pur dans les compositions picturales.
Le metteur en scène Stanislas Grassian a respecté l’esprit de Le Caravage en déclinant un clair obscur très présent sur scène. Dans un noir obscur balayé par des bougies logées dans des coffrets, le spectateur découvre une scène dépouillée, toute de noire vêtue, sans décor. Un clair-obscur qui donne une impression de secret, de mystère où la présence des deux comédiens semble calfeutrée dans une discrétion. Seuls sur scène, Césaré Capitani dans le rôle de Le Caravage et Martine Midoux dans celui du chant et de personnages secondaires épisodiques, proposent un jeu juste et équilibré. L’équilibre est dans la présence corporelle de l’un et dans l’approche vocale de l’autre. Mais cet équilibre n’arrive pas à son paroxysme. Le jeu étant trop policé, on ne retrouve pas sur scène la vie dissolue et tortueuse du peintre. Le timbre clair, la voix presque posée, Césaré Capitani retrace la vie du peintre mais le vécu semble avoir déguerpi de scène. La narration pilote le spectacle sans faire prendre le relais au vécu. L’histoire embrasse le personnage en l’étouffant parfois. Stanislas Grassian a choisi délibérément de retracer le contour sinueux de la vie du peintre avec celui de ses peintures, une mise en parallèle intéressante à plus d’un titre mais où la poésie de l’art n’est pas assez culbutée par le scandale ou la vie dévoyée du peintre. Nous sommes, tout au long de la pièce, dans la même tonalité avec pour quelques scènes des ruptures de jeu intéressantes.
Le texte est beau, bien agencé, ponctué d’humour avec un Césaré Capitani qui nous replonge dans la vie de Le Caravage de façon suffisamment juste pour se laisser toutefois porter.
Crédit photos : Philippe Bruchot
Chroniqueur : Safidine Alouache
« Moi, Caravage »
De et avec Césaré Capitani
D’après le roman de Dominique Fernandez « La course à l’abîme » (Grasset)
Mise en scène : Stanislas Grassian
Chant (C. Monteverdi et G. Caccini) et mélodies originales : Martine Midoux
Costumes : Evelyne Guillin
Création lumière : Bernard Martinelli
« Théâtre Le Lucernaire »
53 rue Notre-Dame des Champs
75006 Paris
Réservations : 01 45 44 57 34
Plein tarif : 25 euros
Tarif réduit : 20 euros (senior + de 60 ans), 15 euros (étudiant – de 26 ans)
