Harper Regan

  • Du 19 janvier 2011 au 19 février 2011
  • Théâtre du Rond-Point - PARIS

L’histoire d’une vie.


Simon Stephens, auteur de théâtre anglais est à l’honneur cette saison. Le théâtre de La Colline présentait fin 2010 sa pièce Pornographie, mise en scène par Laurent Gutmann. Aujourd’hui, c’est au théâtre du Rond-Point que vous aurez l’occasion de découvrir une autre de ses nombreuses pièces, Harper Regan, mise en scène par Lukas Hemleb.


Harper Regan. Voilà un drôle de nom. C’est pourtant celui du personnage principal, une quadragénaire anglaise qui vit en proche banlieue de Londres.


Apprenant que son père est sur son lit de mort, Harper demande 2 jours de congés à son employeur. Elle ne les obtiendra pas. Elle partira quand même. S’enfuyant pour rejoindre ce père adoré, elle arrivera trop tard. Et elle apprendra sur place que ceux qu’on aime ne sont pas toujours tels qu’on les imagine. Voici le prétexte de la pièce.


Autour de Regan, il y a cette famille pleine de secrets. Des solitudes qui s’affrontent, se rejettent et tentent de s’aimer. Trois générations de femmes qui essayent de ne pas reproduire les mêmes erreurs que leurs ainés. Comment ne pas ressembler à ses parents? Comment aimer les siens malgré tout?

Le plus grand intérêt de la pièce est de prendre à contre pied les écueils dans lesquels tombe trop souvent la création contemporaine: le sexe et la violence. Ici, tout se passe en filigrane. Il n’y a pas de surenchère. Et ce qui effraie notre société actuelle est abordé avec intelligence, comme quelque chose de peut-être moins douloureux que la réalité.


Pendant ces deux jours, Harper croisera des hommes, symboles des désirs d’une femme qui a l’impression d’avoir eu 40 ans « sans s’en rendre compte ». Elle sortira de ce quotidien grisâtre où la vie est rythmée par la pluie, où regarder passer les avions est la seule distraction.


Le metteur en scène Lukas Hembled nous dévoile la vie d’Harper en une succession de tableaux. Les changements de lieux, symbolisés par un grand plateau tournant sont parfois un peu fastidieux même si le procédé est efficace. Les comédiens sont tous remarquables. Marina Foïs incarne Harper Regan avec beaucoup de justesse et Gérard Desarthe est parfait dans chacun des personnages qu’il interprète.


Au final, il semblerait que tous ces événements aient très peu d’incidences sur la vie des protagonistes. Chacun est traversé par de violents bouleversements et pourtant… Chacun reprend ses marques et continue d’avancer. L’ensemble continue d’exister. « On ne sait pas si le fait de revenir au point de départ constitue une défaite ou un espoir » (Lukas Hemleb).


La pièce de Simon Stephens est un très bel exemple de la capacité des auteurs anglais à restituer la vie quotidienne de personnages banals avec beaucoup de justesse et de poésie. On pense au cinéma de Mike Leigh et de Ken Loach notamment. A ces personnages à l’état brut, qui ne sont ni des dieux ni des super-héros. Et qui, à nos yeux, sont les plus beaux.



Chroniqueuse: Alice Dubois

Crédit photo: Giovanni Cittadini Cesi


Harper Regan

De Simon Stephens

Mise en scène Lukas Hemleb
Traduction Dominique Hollier

avec Caroline Chaniolleau, Gérard Desarthe, Marina Foïs, Alice de Lencquesaing, Louis-Do de Lencquesaing, Pierre Moure.


Théâtre du Rond-Point
2bis avenue Franklin D. Roosevelt 75008 Paris

Réservations: 01 44 95 98 21

Du 19 janv. au 19 févr, 21:00
dimanche, 15:00
relâche les lundis et le 23 janv.


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