Le metteur en scène Brigitte Jacques-Wajeman dans Suréna, œuvre peu connue de Corneille, dépoussière le vers Cornélien pour lui rendre toute sa contemporanéité.
Corneille, sa postérité reste attachée à quelques œuvres telles que « Le Cid », « Cinna », « Horace » ou « Polyeucte ». Brigitte Jacques-Wajeman met en scène Suréna, la dernière pièce de Corneille. La trame est l’amour impossible dans laquelle pour raison politique, Suréna doit épouser Mandane qu’il n’aime pas car il n’a d’yeux que pour Euridyce. Et Eurydice doit épouser Pacorus qu’elle n’aime pas car son cœur penche vers Suréna. C’est le combat tragique entre l’intime et le politique, entre la raison d’état et la raison du cœur.
Monter une pièce de Corneille aujourd’hui peut relever de la gageure. Le théâtre Classique se prêtait aux discours, aux tirades. Le silence et le corps n’avaient pas encore droit d’asile, le vers était l’apanage du langage et la fable se nourrissait de personnages mythologiques ou historiques. Une scission existait entre théâtre et vie de tous les jours. Brigitte Jacques-Wajeman a réussi par un tour de force à faire exister dans un même espace de jeu toutes ses composantes. Le travail sur le vers, sur les décors, sur le jeu d’acteurs et sur les costumes ont permis d’enrober la pièce d’un cachet de contemporanéité de très belle facture. Le vers a été travaillé pour que celui-ci ne s’alourdisse pas de la structure de la métrique. Un vers bien en mesure, où la musique de celle-ci n’apparaît pas, et qui laisse fleurir émotions et sentiments. Les comédiens s’appuient sur un rythme porté par les mots. Le mot, le vers deviennent les dépositaires des émotions des personnages. Un travail sur les accents toniques et le langage a été rondement mené. Aucun sur-jeu ne vient étouffer ni les émotions, ni la grandiloquence des sentiments. Le geste appuie le vers. Quelques beaux mouvements corporels viennent appuyer le jeu des comédiens permettant ainsi de créer de belles ruptures de jeu.
Seul décor est cette longue table disposée en diagonale sur la scène et qui est baignée de lumières. Le passage d’une scène à une autre est ordonné par les entrées et sorties des comédiens disposant sur la table les accessoires idoines. Ces entrées sorties rythment les déplacements des personnages. Autour de fleurs jetées sur la table, de bouteilles renversées, de cris éplorés, de voix hautes, distinctes et biens en mesure, la pièce regorge de différentes tonalités, de différentes vitesses de jeu boutant de scène toute monotonie.
Les comédiens déploient une belle énergie assise sur un socle talentueux de très belle ampleur. Le talent de chaque comédien sert généreusement la pièce de Corneille dans une distribution de grande valeur.
Chroniqueur : Safidine Alouache
« Suréna »
Théâtre des abbesses
31 rue des abbesses
75018 Paris
Avec Bertrand Suarez-Pazos, Raphaèle Bouchard, Pierre-Stéfan Montagnier, Thibault Perrenoud, Pascal Bekkar, Sophie Daull, Aurore Paris, Mourad Mansouri
Mise en scène : Brigitte Jacques-Wajeman
Assistant : Pascal Bekkar
Collaborateurs artistiques : François Regnault, Alice Zeniter
Scénographie, lumières : Yves Collet
Assistant lumières : Nicolas Faucheux
Musique : Marc-Olivier Dupin
Assistante : Stéphanie Gibert
Costumes : Annie Tiburce Melza
Maquillage et coiffures : Catherine Saint Sever
Objets de scène : Franck Lagaroge
Stagiaire : Clément Mercier
Musique originale composée et dirigée par Marc-Olivier Dupin
Réservations : 01 42 74 22 77
Tarif 1ère catégorie : 24 euros
Tarif 2ème catégorie : 18 euros
Tarif jeune 1ère et 2ème catégorie : 13 euros
