Le Horla

  • Du 5 octobre 2010 au 15 février 2011
  • Théâtre Darius Milhaud - Paris

Un Horla de toute beauté

L’exercice est difficile. Jouer un texte d’une force telle que Le Horla est presque une gageure. L’ampleur et la profondeur du texte alliées à la finesse du style de Maupassant ne sont pas une assurance tout risques pour un comédien. Sauf à maîtriser l’art théâtral sous toutes ses facettes. Là, sur scène, Max Darcis excelle. Face à nous, l’émotion donne la répartie à la maîtrise du verbe, le corps à la voix, le talent du comédien à la présence de Maupassant. Théâtre n’est pas littérature et Max Darcis dépoussière la nouvelle de Maupassant de la couche d’ennui que nos cours de français l’avaient parfois enduit pour lui faire retrouver toute sa brillance, tout son suc, tout son mystère. Le texte est sciemment bousculé. Par sa beauté, sa fluidité, il aurait pu se suffire à lui-même. Là, le comédien n’a procédé à aucune facilité. Le spectateur est conduit jusqu’aux cimes du texte, dans ses avers, dans les coulisses de sa création. Chaque mot et chaque phrase semblent secoués de leurs idiomes pour leur dérober des secrets qui s’y cachent, pour leur faire avouer un sentiment, un mystère, une histoire.


Sur scène, le monologue donne toute la mesure à la traque de cet homme par une présence obsédante, sournoise, mystérieuse, celle du Horla. Le Horla est le premier récit fantastique de Maupassant, comme une sorte de témoin des névroses dont Maupassant lui-même était victime. Max Darcos ne se contente pas de faire vivre l’émotion derrière les mots, il les accompagne d’une belle présence corporelle. Ici le corps est théâtral, il devient le prolongement des craintes, des peurs puis des frayeurs du narrateur. La voix donne aussi pleine mesure aux différentes émotions qui plongent notre personnage dans différents états psychologiques. Tout est dans un seul souffle organique, rythmique et corporel.


La scène a pour décor deux chaises situées côte à côte et légèrement décalée l’une à l’autre. L’une semble être pour le narrateur, l’autre pour le Horla, cette absence omniprésente. Par son jeu remarquable, Max Darcis porte les mots comme des torches qui illuminent la nuit du personnage. Comme des étendards émotionnels, les mots semblent glisser dans l’épiderme du comédien un brûlot qui le consume. Au-delà du personnage, au-delà de ses mots, ce sont des frayeurs qui sont jouées, des états émotionnels proches de la déraison. L’émotion a pour demeure le mot, la peur a pour château la phrase.


Tout au long du spectacle, les ruptures de jeu sont très bien marquées et senties avec beaucoup de bonheur. Max Darcis tient son corps pour un médium idiomatique, pour le témoin des peurs du narrateur. Le dos voûté, le corps cassé, c’est tout l’appareil corporel qui semble souffrir. La voix est le porte-trompette de cette souffrance. Elle oscille d’un timbre clair et presque chantant à une tonalité grave et caverneuse.


La montée en puissance et souterraine de la folie chez le narrateur est montrée avec beaucoup d’appétit et de finesse. Max Darcis rend un très bel hommage au texte de Maupassant en opérant avec talent une réconciliation entre théâtre et littérature. C’est un très beau spectacle d’une rare vérité.



http://www.dailymotion.com/videoxgta46

Chroniqueur : Safidine Alouache

Crédit photo : Eric Dell’Erba


« Le Horla »

De Guy de Maupassant

Adapté, mis en scène et interprété par Max Darcis


Théâtre Darius Milhaud

80 allée Darius Milhaud

75019 Paris


Réservation : 01 42 01 92 26

www.theatredariusmilhaud.com


Tous les mardis à 19h

partager cet article facebook twitter

Le commentaires sont fermés.