Le lucernaire met à l’honneur actuellement ce petit bijou de Slimane Benaïssa qui nous transporte vers une Algérie pleine de contrastes et de contradictions. Un spectacle qui magnifie ce pays en dépit des vicissitudes qui touchent la condition féminine. Une société dominée par l’homme et pour l’homme. Un univers où la femme ne peut que se taire et se soumettre à des mentalités patriarcales. Ces problèmes sont présents et leur temporalité s’étend de l’indépendance à nos jours. A travers le dialogue d’une fratrie (deux sœurs et un frère), l’opposition d’une Algérie moderne tente de damer le pion à une société assise sur le carcan de ses coutumes.
La sœur ainée ancrée dans ses traditions se confronte à la rage de sa cadette, récemment diplômée et résolument progressiste. De ces échanges apparaissent les problématiques du pays. Le port du voile, manifestation de la religion pour l’une est considérée comme une idée préconçue par l’autre. L’habit ne fait pas le moine et il n’est point besoin de le porter pour prouver sa religiosité. « si je dois me distinguer, c’est par des actes, et non par l’habit. Ce que la conscience ne me dicte pas, l’habit ne me l’imposera pas ! ». L’instrumentalisation de la religion par certains aux fins de pouvoir demeure un des débats qui animent les deux sœurs. L’émigration constitue également un point de désaccord intergénérationnel. Mais au-delà, les souvenirs de l’enfance exhalent un parfum nostalgique qui les enivre et les rassemble. Cette pièce jouée avec beaucoup de cœur par Fatima Aïbout, Myriam Loucif et Khadia El Mahdi nous présentent une Algérie pleine de couleurs et d’odeurs qui nous rappellent combien ce pays est beau. De même, ces trois femmes qui se livrent sur scène sont criantes de beauté. Ce qu’elles nous disent font écho en nous et nul ne peut rester indifférent. Elles jouent avec naturel une partition difficile.
La mise en scène d’Agnès Renaud tire partie avec talent de ces particularismes culturels en nous présentant une Algérie complexe et attachante. Une chanteuse intervient en arabe dans des mélopées émouvantes sur les drames qui secouent son pays en 1991. Un musicien souligne les moments clés de la pièce en jouant du tambour ou tam-tam derrière un paravent transparent. Devant lui un tapis rond rappelle la simplicité d’un certain mode de vie algérien. Cette pièce miraculeuse est un spectacle lumineux tant par l’intelligence du propos que par la sensibilisé des comédiennes. Une fois le spectacle terminé, on demeure en parfaite communion avec ces comédiennes et ce pays qui nous a toujours touché au plus profond de notre cœur.
Journaliste : Laurent Schteiner
Au-delà du voile de Slimane Benaïssa
Mise en scène d’Agnès Renaud
avec
Fatima Aïbout, Myriam Loucif, Khadija El Madhi et Pascal Portejoie
Crédits photos : Compagnie de l’Arcade
Lucernaire
53 rue ND des champs
75006 Paris
tel : 01 45 44 57 34
2 invitations (4 entrées) pour le 22 février.
du mardi au samedi à 18h30


