La mise en scène et le jeu des comédiens font de la pièce de von Horvath une comédie dramatique pleine de fraîcheur où la naïveté de la jeunesse semble vivre ses derniers instants avant que le spectre du nazisme arrive avec sa faux.
Horvath, dramaturge de langue allemande, puisait ses thèmes de dramaturgie dans la culture populaire et l’histoire politique de l’Allemagne. Le style de la pièce populaire (Volksstück), dont il était l’un des meilleurs représentants, se compose de personnages tirés du peuple baignant dans une trame dramatique plongée dans le suc de l’Histoire et ce sous couvert de comique de situations.
« Légendes de la forêt viennoise », qui a valu à l’auteur le prix Kleist, la plus haute distinction littéraire de l’époque, est une histoire autour de rencontres amoureuses, de séparation et de retrouvailles. Lors d’un pique-nique organisé dans la forêt viennoise pour les fiançailles d’Oscar et de Marianne, celle-ci tombe amoureuse d’Alfred, un jeune homme peu recommandable et amant de Valérie, la buraliste. Après un an de vie commune, le couple Alfred et Marianne ont un enfant qu’Alfred, par manque d’argent, met chez sa grand-mère où il meurt de froid. Marianne, abandonnée par Alfred et son père, devient danseuse dans une boite de nuit. Elle est accusée de vol et se retrouve en prison. Valérie arrive à sceller la paix entre Marianne et son père. Et à faire retrouver à Marianne son premier amour… Oscar.
La mise en scène donne à la pièce toute la mesure de la culture populaire autrichienne. Dans un décor qui combine un lotissement de commerces dans une rue passante, l’ambiance et l’atmosphère sont remarquablement bien jouées par des personnages aux habits viennois d’époque. Le naturel du décor va jusqu’à ce magasin de réparation de poupées qui est dans la plus pure tradition autrichienne. Les changements de décors rappelent étrangement le cinéma. Comme si la vie était une succession de scènes à jouer. Car chez Hörvath, les personnages sont responsables du drame qu’ils vivent. Le ton de la pièce est la légèreté, la naïveté face à la vie à une époque où la montée du nazisme commençait à mordre jusqu’au sang tout espoir en la Vie.
L’histoire a pour cadre des scènes de vie provinciale dans lesquelles le jeu et la mise en scène restituent le naturel avec une certaine fraîcheur. Aérien, léger, le comique taquinant le tragique, le quotidien voulant presque fuir la monotonie, la musique d’opérette cohabitant avec l’éclat des bouchers, tout est en opposition de phase. Le jeu des comédiens est griffé par cette fraîcheur, ces fausses empoignades, ces histoires comiques tournant au drame et qui donnent par intermittence un déséquilibre de jeu entre une certaine frivolité jouée et une application soutenue de celle-ci. Cette ambivalence donne parfois l’impression que les personnages, pour certains, restent légèrement en arrière plan d’un point de vue émotionnel.
Les scènes manquent un peu de liant et donnent l’impression que dans un même espace de jeu se déroulent plusieurs histoires différentes. Un dynamisme plus porteur dans le jeu et dans les répliques aurait apporté de la vitalité et une force dramaturgique à cette pièce qui n’en manque pas.
La pièce est belle, bien agencée et ne manque pas de fraîcheur. Le jeu est dans l’ensemble assez bien ficelé et restitue avec générosité une belle ambiance de début de siècle. Avant que la faux du nazisme n’arrive…
Chroniqueur : Safidine Alouache
Crédit photos : David Buizard
Le théâtre du soleil accueille Taf théâtre
« Légendes de la forêt viennoise »
Pièce d’Ödön von Horvath
Mise en scène Alexandre Zloto
Assistant à la mise en scène : Adrien Dupuis-Hepner
Chorégraphie : Marie Barbottin
Scénographie : Jean-Marie Alby
Costumes : Anaïs Heuraux
Lumière : Ruddy Fritsch
Avec Charlotte Andres, Julie Autissier, Ariane Bégoin, Franck Chevallay, Maria Furnari, Dan Kostenbaum, Florent Oullié, François Pérache, Yann Policar, Honorine Sajan, Piere-Emmanuel Vos, Sabine Zovighian
Cartoucherie
Route champs de manœuvre
75012 Paris
Réservations : 01 43 74 24 08
Tarif normal : 20 euros
Tarif réduit : 12 euros
Collectivités : 10 euros