La banalité du mal

  • Du 29 mars 2011 au 19 mai 2011
  • Manufacture des Abbesses - Paris

Mein Führer.


Cette pièce de Christine Brückner nous rappelle l’œuvre de Robert Merle « la mort est mon métier » où l’entreprise de destruction massive nazie se mâtinait d’une banalité monstrueuse. Tel est le propos adapté et mis en scène par Jean-Paul Sermadiras à travers les derniers moments de vie d’Eva Braun. Celle-ci, enfermée dans le bunker en compagnie d’Hitler, choisit de se raconter en prenant à témoin un officier nazi chargé de sa protection. Le texte de cette pièce est conçu pour nous présenter une femme amoureuse, totalement inconsciente de l’horreur qui se vit quotidiennement depuis près de six années.


Cependant la mise en scène de ce spectacle ne permet pas de ressentir toute l’horreur que peut inspirer Eva Braun à travers sa vie « hors du temps ». La mise en scène pêche par manque de lisibilité.  Une mise en scène plus osée aurait davantage servie le propos et le ressenti horrifique d’Eva Hitler. Les silences à foison consentis pendant toute la pièce perturbent le rythme et nuisent à l’impact des banalités proférées par le personnage. Les rares déplacements sur scène auxquels on assiste (obtenir des coupes de champagnes ou des cigarettes derrière un rideau rouge) sont déroutants.  Ce manque de simplicité dans la mise en scène complique le déroulement de ce récit. Certains détails sont escamotés. Le personnage fait référence  à sa montre qui n’existe pas en réalité. La robe noire en taffetas décrite ne correspond pas à celle de la comédienne. Le spectateur finit par se perdre dans la compréhension des codes de mise en scène. Toutefois, le jeu de Patricia Thibault est juste malgré les manques évoqués.


Ce spectacle se prête davantage à l’exploration philosophique de cette idée sous-jacente que tout être spectateur d’une infamie en cautionne forcément l’action. Il devient alors responsable de fait en affectant une attitude passive. Ce phénomène fait malheureusement partie de notre monde. Il est dommage que ce spectacle n’ait pas eu le prolongement nécessaire à son ambition première.


Chroniqueur : Laurent Schteiner


La banalité du mal de Christine Brückner


Mise en scène de Jean-Paul Sermadiras

Avec Patricia Thibault

Créations lumière et scénographie : Jean-Luc Chanonat

Copyright : Garance Thibault


La Manufacture des Abbesses

7 rue Véron

75018 Paris

Locations : 01 42 33 42 03

www.manufacturedesabbesses.com

du mardi au jeudi à 21h

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