Dans une mise en scène simple, directe, la metteure en scène Cécile Johanet exhume une pièce de Koltès restée à l’état fragmentaire. Dans un face à face mêlant l’humour et la cruauté, les comédiennes réincarnent les derniers jours de l’icône disparue.
La pièce se déroule au crépuscule de la vie de Coco Chanel où elle se retrouve chez elle avec sa domestique Consuelo. Les regrets, le passé, les souvenirs d’une vie refluent à la mémoire de l’icône comme un raz de marée. Consuelo, à l’image de sa maitresse de maison, bouscule les tabous, renverse les valeurs en proie à une liberté dont sa condition sociale, de base, ne lui permet pas.
Le jeu des comédiennes est bien ficelé et est porté par un très beau texte de Koltès, peu connu, et qui est resté dans les tiroirs de l’auteur. La prestation scénique est de qualité et oscille entre différents registres de jeu. Vifs, cassants, tendres, les échanges entre Coco Chanel et Consuelo sont de différentes natures. Presque en opposition constante. Les cassures de jeu, la clarté et la tessiture vocales des comédiennes donnent à la pièce du cachet. Il faut saluer le beau travail de la metteure en scène, Cécile Johanet, qui a osé faire vivre une pièce qui est restée dans un état fragmentaire et dont seules trois scènes ont été retrouvées. Ce qui donne une complexité certaine à devoir créer un spectacle à partir d’une pièce à l’état d’ébauche dans un format de diffusion pour un lieu théâtral.
La pièce commence par Coco assise dans son fauteuil qu’elle ne quittera pas de la scène. Une musique agrémente l’entrée en scène de Consuelo. Le parti-pris de mélanger les époques permet de montrer toute la contemporanéité de Coco Chanel. La mise en scène est simple et directe. Elle met en exergue par la seule présence des comédiennes leurs rapports de force, leurs relations aigres-douces. Consuelo et Coco sont sur scène, l’une assise, l’autre debout. Les divagations de la première sont une sorte de porte à faux aux pensées de la seconde qui assiste, presque à bout de force, à une opposition de style de sa domestique. Les cassures de jeu sont très intéressantes et permet de faire progresser la pièce par palier.
Un montage vidéo finit la pièce cassant quelque peu le rythme et l’atmosphère de celle-ci. Ce procédé cinématographique donne peu de relief à la pièce. Il est mis au bout de celle-ci comme pour masquer sa courte durée. Cela réduit la voilure dramaturgique de la pièce, lui prêtant un flanc cinématographique, passablement humoristique.
Toutefois, la pièce respire par le jeu des comédiennes une authenticité de bon aloi et on découvre par cet intermédiaire un beau morceau de pièce de Koltès.
Chroniqueur : Safidine Alouache
Crédit photos : Cécile Johanet
« Coco »
De Bernard-Marie Koltès
Par la compagnie Plongeons
Mise en scène Cécile Johanet
Avec Cécile Bévierre, Elisa Jasmin
Théâtre Darius Milhaud
80 allée Darius Milhaud
75019 Paris
Tous les samedis à 20h30
Plein tarif : 17 euros
Tarif réduit (étudiant, chômeur, – 26 ans, sénior, contremarque du site) : 13 euros
Moins de 12 ans : 8 euros
Groupe de 10 personnes : 10 euros
