Marivaux a présenté pour la première fois en 1725 cette comédie toute en prose et en un acte en s’amusant à échanger les rôles entre maîtres et esclaves. Cette fable originale pour l’époque constitue un morceau de choix pour les progressistes de tout temps. Fort bien interprétée, cette pièce, à l’affiche du Lucernaire, pêche malgré tout par certaines longueurs empêchant le spectacle de décoller pleinement.
Iphicrate et son esclave Arlequin échouent sur l’île des esclaves après avoir essuyés une tempête qui a brisé leur esquif. Prenant pied sur l’île, ils vont découvrir des insulaires qui ont bâti une société bien différente que celle qu’ils connaissent à Athènes. Les habitants de cette île accordent aux anciens esclaves les pouvoirs de leurs anciens maîtres. C’est dans ce cadre particulier et socialement inhabituel qu’ils rencontrent deux femmes, maître et esclave, vivant cette même expérimentation.
Mais la fable de Marivaux demeure morale d’autant que la nature profonde de l’homme s’avère davantage complexe. Donnez à l’homme un bout d’autorité et il transformera sa nature première en asservissant autrui. « Les hommes ne valent rien ». Si les maîtres de cette pièce doivent avouer leur tyrannie afin d’obtenir une réhabilitation au sein de cette nouvelle société. Se perdant dans un jeu d’amour entre maîtres et esclaves, ils découvriront l’inanité et l’utopie de cette philosophie.
Avec des pneus en guise de scénographie, cinq personnages évoluent, pour certains, dans un véritable cauchemar et, pour d’autres, dans une expérience délicieuse dont les limites sonnent le glas de ces illusions progressistes. Au sein de ce véritable laboratoire, Marivaux s’essaye à trouver des solutions à cette société profondément injuste. Parmi les comédiens, Nathalie Veneau se distingue dans une interprétation forte et juste de Cléanthis en lui donnant fougue enthousiasme. Cependant le défaut de distanciation du texte, partis pris de mise en scène, donne un faux rythme à l’ensemble. Mais ne boudons pas notre plaisir de retrouver ce classique et de se prêter aux rêves en compagnie de Marivaux.
Journaliste : Laurent Schteiner
L’île des esclaves de Marivaux
Mise en scène de Christian Huitorel
Avec Christan Huitorel (Trivelin), Mathias Casartelli (Iphicrate), Caroline Frossard (Euphrosine), Cédrick Lanöe (Arlequin) et Nathalie Veneau (Cléanthis)
Créations Lumières
Lucernaire
53 rue ND des champs
75006 Paris
Résa : 01 45 44 57 34
Du mardi au samedi à 21h30