Les bonnes

  • Du 22 juin 2011 au 27 août 2011
  • Le Lucernaire - Paris

Dans une mise en scène où la scénographie déploie deux espaces de jeu, les comédiennes proposent un jeu relevé tout en émotion et en force. Les rapports frontaux entre les bonnes se démarquent de ceux avec Madame et donnent à la pièce un cachet de belle facture.


« Les bonnes » est cette pièce écrite par Genet qui relate ce fait divers entre deux bonnes qui veulent assassiner leur maîtresse de maison. La pièce n’est pas vue par le prisme de la politique. Sur les bonnes et leur relation avec Madame, il n’est pas mis en exergue sur scène une frontalité des rapports sociaux. La frontalité est tout autre. Elle est entre les bonnes, Solange jouée par Violaine Phavorin et Claire, en la personne de Marie Fortuit. Le jeu est tout en tension entre elles. Avec Madame, le rapport est tout autre. La tension se relâche. Le rapport, sans être froid, est distant et griffé d’aristocratie.


Le jeu est axé sur deux registres assez dissemblables, frontal et aristocratique, permettant ainsi de créer une coupure, une parenthèse scénique, entre les bonnes et Madame. Cette coupure permet d’établir une pièce dans une pièce par le biais d’une découpe scénique efficace.


En effet, la scène se découpe en deux espaces de jeu. Un premier espace est celui des bonnes. Le second est le salon dans lequel est Madame et où les bonnes sont à son service. Ces deux espaces de jeu sont délimités par un jeu de lumière discret. Les lumières sont assez sombres lorsque seules les bonnes sont sur scène, leurs dialogues semblant être sous couvert du secret. Quand Madame apparaît, le jeu de lumière est beaucoup plus fort. Ce parti pris scénographique permet de créer un basculement d’atmosphères dans un même espace comme si les bonnes, Solange et Claire, fourbissaient leur volonté de tuer sur leur lieu de travail. Cette découpe temporelle d’un même espace pose la question du dissimulé dans les relations entre les personnages. On sert Madame au même endroit où on élabore un plan pour la tuer. Cette ambivalence de sentiments est portée à son extrême par un jeu très marqué des comédiennes.


Le décor est un ensemble de meubles blancs donnant à la pièce un aspect froid. Une lumière bleue, nourrie entre autre par un néon côté jardin, donne à la pièce un certain aspect métallique. La scénographie pose, dans les deux espaces de jeu, salon et chambre des bonnes, la même atmosphère, celle d’une froideur entre les personnages comme si le sentiment et l’émotion avaient fait leurs valises.


Le jeu des comédiennes est relevé. Des cassures de jeu et de rythme emportent avec beaucoup d’adhésion les scènes. Le jeu est frontal sans pour autant manqué d’émotion et donnent à la pièce un cachet de jeu de très bonne qualité.


Chroniqueur : Safidine Alouache

Crédit photo : Yann Jules Gayet


“Les bonnes”

De Jean Genet


Mise en scène : Serge Gaborieau, Armel Veilhan

Scénographie et lumière : Jacques-Benoît Dardant


Avec Marie Fortuit, Odile Mallet, Violaine Phavorin


Théâtre Le Lucernaire

53 rue Notre Dame Des Champs

75006 Paris

Réservations : 01.45.44.57.34

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