Dans une très belle prestation scénique, Josse de Pauw campe un officier de marine où l’émotion du personnage est celle d’un homme marqué par l’événement. La scénographie simple et dépouillée propose une belle mosaïque de couleurs qui restitue sous forme visuelle une aventure.
Seul sur scène, bouteille d’eau à la main, l’officier de marine, incarné par Josse de Pauw, est face à nous. L’exercice, de faire vivre un récit où le mot devient l’incarnation de l’aventure, est difficile. Le comédien y arrive avec talent et naturel.
La prestation scénique est de qualité. Le jeu spontané, bien cambré de Josse de Pauw campe une atmosphère donnant un rapport amical voire intimiste avec le public. Le naturel est coordonné par une tonalité vocale non marquée par une élocution emportée. Les déplacements sont sobres. Le personnage semble naviguer entre plusieurs émotions assez contradictoires. Distant, proche, happé par l’événement ou philosophe par rapport à celui-ci, Josse de Pauw joue avec habilité l’équilibriste entre ces différents registres de jeu. On assiste au récit d’un officier de marine, marqué par une émotion retenue.
La scénographie composée de huit plans longitudinaux est éclairée de lumières de différentes tonalités. La scénographie se découpe en deux plans différents selon l’avancée du récit. Celle-ci accompagne le comédien qui joue de différentes vitesses allocutives son récit en timbrant sa voix d’émotion. C’est la scénographie qui plante l’atmosphère. Le comédien en incarne les contours par une présence vocale et corporelle de belle composition. Suivant que les lumières deviennent plus chaudes ou obscures, la voix devient plus profonde ou traînante. Les mots, le récit sont nourris de l’atmosphère de la scène. Sur les huit plans longitudinaux, viennent se greffer une belle mosaïque de couleurs. Là semble transparaître le « décor » de l’aventure et les émotions du personnage sont marquées du sceau du Verbe qui laisse transpirer une distance aux événements. Ici le Verbe n’est pas action, il est l’atmosphère.
La scénographie permet ainsi de révéler une atmosphère, une ambiance en arrière fond qui accompagne le jeu de Josse de Pauw, un jeu dont la trame de fond est intérieur, habitée par une voix parfois chancelante, comme marqué par les événements, par un destin dont il ne peut s’arracher. Le personnage est habité par Kurtz, ce directeur d’un comptoir rencontré dans la jungle, qui apparaît de façon filmographique sur les plans longitudinaux. Ainsi, Josse de Pauw devient un autre personnage, personnage qu’il incarne différemment dans la voix et la posture. Un double frappé du Même.
Tout au long du spectacle, la voix de Josse de Pauw est habillée d’une fausse nonchalance. Les mots ne sont pas marqués par l’action mais par les événements, comme si le personnage était griffé d’une passivité. Cette impression donne une distorsion entre le dit et le vécu. Les mots défilent avec un rythme bousculé par une mise à distance variable. Ici, nul travers, nul habillage, le jeu est naturel. Les mots, sur lesquels butte parfois le comédien avec hésitation donne paradoxalement à cette aventure, un aspect omniscient.
Chroniqueur : Safidine Alouache
Crédit photo : Koenbroos
“Cœur ténébreux »
D’après « Au cœur des ténèbres » de Joseph Conrad
Mise en scène : Guy Cassiers
Dramaturgie : Erwin Jans
Scénographie : Guy Cassiers, Enrico Bagnoli, Arjen Klerkx
Conception lumière : Enrico Bagnoli
Conception sonore : Diederik de Cock
Conception vidéo : Arjen Klerkx
Opérateur de prises de vues : Patrick Otten
Costumes : Kristin Van Passel, Charlotte Willems
Maquillage et perruques : Ingeborg Van Eetvelde
Traduction et coaching : Monique Nagielkopf
Avec Josse de Pauw
Théâtre de la Ville
2 place Châtelet
75004 Paris
Réservations : 01.42.74.22. 77
1ère catégorie : 25€
2ème catégorie : 19€
Tarif jeune : 14€
