Dans une chorégraphie mêlant théâtre, humour, palmas, chant et Flamenco, Israel Galvan redéfinit les contours artistiques du Flamenco en adoptant une approche audacieuse dans les attitudes et les taconeos.
Israël Galvan décline avec audace et allure sa prestation scénique dans son dernier spectacle « La curva ». Il n’est pas à son premier coup d’essai. Tout est dit dans le titre. Entouré de Bobote au compas, Inès Bacan au chant et Sylvie Courvoisier au piano, il incarne une figure flamenca faite de fluidité dans les attitudes et de gestes courbes dans les mouvements.
Ici tout est bousculé dans la danse. L’allure fière, il débute sa danse par une gestuelle très courbe qui « casse » avec les allures types du Flamenco, allures souvent faites de belle raideur et de bombance du corps. Nulle androgynie dans sa gestuelle avec des palmas féminins et un port de buste masculin, qui est aujourd’hui l’empreinte du Flamenco. Israel Galvan a choisi son camp en restant dans des attitudes originales n’incarnant aucune attitude type. Les déhanchés, l’attitude, les taconeos, tout est décliné avec un panache griffé d’humour.
L’attitude virile a déguerpi mais la présence scénique du danseur est évidente. Jouant d’une poudre blanche et d’un tamis, les taconeos de Galvan sont marqués de blancheur comme s’ils étaient les empreintes du Flamenco. Et pourtant, ses tapotements sur tout son corps comme à la recherche d’autres espaces corporels, le compas de Bobote sur la table, ainsi que le rythme et toute la sonorité flamenca résonnent dans l’espace. Derrière, le chant grave et profond d’Ines Bacan accompagne le danseur.
Le spectacle est basé sur la théâtralité et la dextérité de Galvan avec une note d’humour, comme pour prendre à rebrousse-poil l’attitude virile des danseurs flamencos. Le spectacle est à mi-chemin entre technique et allure. Galvan arrive à maîtriser ces deux volets sans que l’un n’empiète sur l’autre. On est au carrefour d’une danse qui culbute la fierté pour coucher avec le panache.
La scénographie est composée, côtés cour et jardin, de deux piliers de chaises montées les unes sur les autres. Galvan joue avec tous les éléments qui sont autour de lui. Son spectacle est autant théâtral de par les scènes jouées, qu’artistique de par la danse qu’il incarne. Il ne reste pas cantonné à un flamenco traditionnel ou même moderne, à l’allure fière, accompagné de chants graves à la guitare et/ou au cajon. Nulle guitare, mais un piano sur lequel Sylvie Courvoisier joue des cordes avec une sonorité sourde. Le spectacle est originale autant dans la chorégraphie, que dans la sonorité musicale et les palmas. Galvan compose une chorégraphie qui allie grâce et souplesse, humour et gravité. Il joue, s’amuse presque de taconeos avec des mouvements de bras assez courts. Son jeu de pieds est un régal, faisant montre d’une rapidité impressionnante avec quelques pas inventés et griffés d’audace et de complexité.
Galvan incarne l’audace dans son approche du Flamenco, une approche faite de légèreté et de vivacité. L’ensemble en est un joli cocktail artistique.
Chroniqueur : Safidine Alouache
“La curva”
Chorégraphie : Israel Galvan
Composition musicale : Sylvie Courvoisier
Mise en scène et dramaturgie : Txiki Berraondo
Conception de l’éclairage : Ruben Camacho
Accessoires et coordination technique : Pablo Pujol
Technicien son : Pedro Leon
Avec Israel Galvan (danse), Sylvie Courvoisier (piano), Ines Bacan (chant Jondo), Bobote (compas)
Théâtre de la Ville
2 place du Châtelet
75001 Paris
Réservations : 01.42.74.22.77
Tarif plein
1ère catégorie : 29€
2ème catégorie : 23€
Tarif jeune : 16€