Dans une mise en scène où le mode narratif bouscule et empiète sur l’action théâtrale, les comédiens déploient un jeu de qualité homogène dans une relation au texte un peu trop proche. Thomas Quillardet décline une mise en scène qui essaie de prendre le spectateur à rebrousse-poil mais sans pour autant y réussir.
« Avec ma femme, Carol Dunlop, également écrivain, nous envisageons une « expédition » un peu folle et pas mal surréaliste, qui consisterait à parcourir l’autoroute entre Paris et Marseille… en nous arrêtant sur les 65 parkings de l’autoroute à raison de 2 par jour ». L’idée et le thème sont lancés. A travers leur œuvre, Cortazar et Dunlop revisitent l’autoroute telle des explorateurs à la recherche d’aventures routières au travers d’un regard décalé.
Une autonaute est, de côté, dans le public, habillée d’un uniforme de couleur orange vive. Elle attend le silence du public, le livre à la main et débute une lecture de l’œuvre de Cortazar et Carol Dunlop. La première interpellation est faite sur les costumes, comme s’ils venaient dans un autre temps d’un autre lieu. Le décalage est au premier abord visuel. Le deuxième abord est rendu par cette lecture qui plonge le spectacle dès le début dans un style narratif. Les scènes se déroulent dans une scénographie noire, sabrée d’une couleur orange vive, et ce dans un seul lieu.
Les scènes défilent comme les mots, les pages que lit notre autonaute. Cette lecture est à l’image de la mise en scène, celle de moments passifs où le jeu des comédiens manque un peu de dynamisme. Les scènes s’enchaînent les unes aux autres. Le jeu est mené par cet enchaînement qui fait paradoxalement qu’une monotonie s’installe, non pas que les scènes manquent proprement dite d’action ou de dynamisme mais elles sont sous le couvert d’une même impulsion. De la lecture initiée au début, on reste parfois dans le mode du récit, d’un jeu qui se coltine parfois avec un rapport au texte trop proche.
La mise en scène de Thomas Quillardet patine quelque peu sur la thématique de la route et de ses aires de repos. Les scènes, plutôt bien jouées, sont marquées par une volonté, parfois gratuite, de surprendre. Une autonaute à poil se pâmant devant le soleil laisse perplexe, des autonautes qui se dévêtent totalement pour se débarrasser de fourmis laissent tout aussi perplexe. La mise en scène essaie de prendre le spectateur à rebrousse-poil en le bousculant par des thématiques déjà vues et ressassées.
Le jeu est empreint d’une certaine distance comme pour marquer le côté passif des aires de repos. On oscille entre le mode récitatif et le mode actif sans pour autant que le deuxième mode prenne réellement le pas sur le premier. Bien que le jeu des comédiens soit de qualité, on reste un peu sur le bord de la route avec une mise en scène qui semble s’être laissée dépasser par la monotonie de la route.
Chroniqueur : Safidine Alouache
Crédit photo : Elisabeth Carecchio
“Les autonautes de la cosmoroute”
Création collective d’après l’œuvre de Julio Cortazar et Carol Dunlop
Mise en scène : Thomas Quillardet
Scénographie : Kim Lan Nguyen Thi
Lumières : Sylvie Mélis
Costumes : Alexandra Bertaut
Son : Françoise Weber
Régie générale : Cyril Monteil
Assistante à la mise en scène : Fanny Descazeaux
Chant : Delphine Dussaux, Sylvie Dubreuil
Avec Olivier Achard, Aurélien Chaussade, Maloue Fourdrinier, Christophe Garcia, Claire Lapeyre Mazerat, David Lejard-Ruffet, Aliénor Marcadé-Séchan, Marion Verstraeten
Théâtre national de la Colline
15 rue Malte-Brun
75020 Paris
Réservations : 01 44 62 52 52
Plein tarif : 20€
Demandeurs d’emploi et moins de 30 ans : 14€
